Leaders, Managers... Les savoirs

Être manager en entreprise. Quel beau métier, simple, reposant, tranquille. J'ai envie, avec mes mots un peu naïfs, de faire le point sur "les savoirs" qu'on attend des managers d'aujourd'hui. Il n'est pas question ici des 4 grands styles de management (participatif, persuasif, directif et délégatif) qui servent à décrire les façons dont un managers peut interagir avec ses équipes de manière adaptée ou d'un inventaire des qualités importantes comme la bienveillance, l'empathie, l'écoute, la capacité à faire un feedback positif ou négatif, ... Que faut-il donc maitriser ?


Le savoir

Savoir de quoi on parle... Aujourd'hui dans les grandes entreprises, les réorganisations fréquentes et la recherche d'économies font qu'on agrège des équipes de telle façon que les managers comprennent difficilement certains métiers des membres de leurs équipes. Je ne parle pas de maitriser parfaitement le détail de l'expertise de chacun des équipiers. Ce n'est même pas souhaitable et surtout pas le rôle du manager de savoir résoudre ou même connaitre tous les détails. Mais c'est bien d'être capable de comprendre le travail que réalise vos collaborateurs, voire d'être capable de valeur ajoutée si un membre de vos équipes vient vous solliciter afin de l'aider à résoudre une situation. On a toujours la possibilité de répondre "ne viens pas me voir avec des problèmes, mais avec des solutions". Mais nous savons tous que ce type de réponse génère immédiatement en retour une émotion intérieure très irrespectueuse et tenace envers "l'autorité naturelle" du manager. Il me semble donc que qu'il faut posséder un minimum de réelles connaissances techniques et d'expérience.


Le savoir faire

C'est une qualité distincte de la première: c'est avoir de la méthode, savoir comment résoudre des situations potentiellement inconnues ou nouvelles en appliquant des approches éprouvées. C'est la même différence qu'entre Culture ou "apprendre par cœur" (savoir) et Éducation ou comprendre (savoir faire). C'est avoir la capacité de s'intéresser, d'apprendre, comprendre, être créatif, savoir prioriser, structurer, appliquer la bonne approche connue à un problème peut-être jamais rencontré auparavant. Dans la bouche d'un manager qui développe son savoir faire "j'ai jamais vu ça avant" veut dire "c'est super, on va s'attaquer à un problème original". Si le manager manque de savoir faire, ça peut vouloir dire "qu'est-ce que tu m'embêtes, j'ai jamais eu ce problème avant". Avoir du savoir faire, c'est aussi être capable de fiabilité, de force de travail et de persuasion, de faire bien les choses et d'assurer la qualité des solutions que l'équipe trouvera.


Le savoir et savoir faire

Ensemble ces deux qualités vont permettre à un manager de faire preuve d'intelligence face à une situation, lui permettre de comparer avec ses connaissances et de de s'appuyer sur sa force de raisonnement pour trouver des solutions originales. Si une mesure permettait de mesurer ces aptitudes, on serait plutôt coté "QI".


Le savoir faire faire

L'une des angoisses que peut connaitre un manager au début de sa carrière, c'est qu'il doit confier un objectif, une tâche, à quelqu'un d'autre. Il doit choisir la bonne personne, s'il a le choix, expliquer correctement ce qu'il attend... et s'attendre à ce que ça ne soit pas fait (du tout ...) comme lui/elle l'aurait fait ! Mais on réalise vite deux choses: (1) on ne peut pas tout faire et surtout (2) on va s'apercevoir que si, très souvent, c'est différent, c'est aussi mieux que ce qu'on aurait pu faire. Il y a aussi des managers qui vont présenter les choses de telle façon qu'on est impatient de commencer, qui vont accompagner juste ce qu'il faut, s'intéresser juste ce qu'il faut. D'autres ont plus de difficulté, même s'ils sont de bonne volonté car le membre d'équipe est poussé à penser "Il me donne toujours ce qu'il ne veut pas faire", "J'ai rien compris à ce qu'elle me demande", "S'il croit que j'ai que ça à faire", ...


Le savoir être

Voici une qualité que tout le monde recherche aujourd'hui. C'est là la fois les compétences comportementales et la personnalité. C'est un domaine très vaste et passionnant. Cependant, le "savoir être" seul fait une personnalité avec laquelle il est intéressant de faire la fête, boire un coup, se confier, mais à elle seule, cette qualité ne fait pas un "bon manager".


Le savoir faire faire et le savoir être

Pour moi, cela englobe les fameux "soft skills", comment on interagit avec les autres en entreprise. C'est une qualité qui qui repose sur l'intelligence émotionnelle. Il existerait, selon certains, jusqu'à neuf (Howard Gardner) types d'intelligences distinctes et Richard Davidson distingue, lui, six type d'intelligence émotionnelle. On est donc pas au bout de nos peines pour tout maitriser...

Les capacités d'une personne en intelligence émotionnelle tournent autour du désormais fameux "QE". Discipline récente, ouverte par les recherches d'Antonio Damasio, le concept est introduit par Peter Salovey et John Mayer en 1990 et il est popularisé par Daniel Goleman en 1995, nous en reparlerons. La recherche de profils possédant une bonne intelligence émotionnelle n'est pas forcément nouveau dans le cadre des recrutements en entreprise. Rechercher des candidats avec un savoir être de qualité au-delà du "simple" savoir faire, est établi depuis un moment.

Afin d'illustrer l'importance de ce thème (et susciter votre intérêt managérial, j'espère) on peut citer, Jane Henri qui constate en 2001 que l’intellect (QI) est indiscutablement un facteur de performance en entreprise pour les top managers (ouf !). La capacité de développer une approche stratégique et une vision long terme sont ainsi identifiées comme particulièrement importantes (re-ouf !). Cependant, en calculant le rapport entre les connaissances techniques, le QI, et l’intelligence émotionnelle (QE) comme source de performance exceptionnelle, le QE est deux fois plus important que les autres facteurs pour les postes à n’importe quel niveau de l’entreprise. De plus, ce poids augmente avec le niveau hiérarchique au sein de l’entreprise (principalement au dépend des connaissances techniques) et la différence entre un excellent manager et un manager moyen peut venir jusqu’à 90% du QE.


Le faire savoir

Mettez le meilleur manager de la Terre qui regroupe toutes les qualités décrites dans une entreprise. Il sera totalement ignoré s'il n'est pas également capable de "faire savoir". La communication avec les pairs, les supérieurs, les clients internes ou externes, les équipes, les salari(e)s de façon générale est aussi une pierre angulaire de la vie managériale en entreprise. Chacune de ces "cibles" est une catégorie à part entière: on peut exceller en "faire savoir" auprès de ces équipes et être nul auprès de ses pairs et/ou de son supérieur. L'inverse est aussi vrai. C'est volontaire ou pas, d'ailleurs 😀. Certains managers préfèrent travailler d'arrache-pied leur image externe (à l'équipe), tout en ignorant leurs équipes: c'est malheureusement souvent bien meilleur pour la carrière que le contraire.

Il est aussi crucial de noter, pour un manager, que l'importance de ce "marketing interne" est sublimé en période de réorganisation. Le "beauty contest" est alors ouvert pour tenter de participer aux différents comités de préparation, pilotages, stratégiques, ... qui vont décider de la (sur)vie ou de la mort de telle ou telle activité.

Le manager voulant bien maitriser son poste se rappellera que c'est une activité à ne pas négliger si on veut tout simplement... exister.


Conclusion



En entreprise, manager une équipe, c'est un super boulot, passionnant et avec énormément de satisfactions... quand on y arrive, mais franchement pas de tout repos. En fait, avec tout ce qui est attendu, on pourrait avoir l'impression que le manager idéal, c'est tout simplement Super(wo)man.


Merci.

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