Un salarié sur deux se dit «épuisé». Syndrome de la confiture ou de la traversée du désert?

Qui n'a pas entendu parler de qualité de vie au travail (#QVT) ou de "chief hapiness officer" ? On ne s'est jamais autant intéressé au bonheur des salariés au travail.


Mais quels sont les résultats même si les intentions sont louables?


Il y a indéniablement un durcissement des conditions de travail, perceptible par tous les acteurs ou observateurs : changements d'organisations, densification des objectifs, ubérisation… sont devenus monnaie courante. Ce quotidien inquiète, stresse et fragililise. La qualité de vie au travail (du moins telle que beaucoup d'entreprises la déploient) est-elle de taille face à ces défis ?


Pas vraiment si l'on en croit la 11e édition du Baromètre Santé et qualité de vie au travail réalisé par l'Ifop (échantillon de 4 552 salariés du secteur privé) pour le compte de Malakoff Médéric Humanis qui vient d'être publiée le 18 septembre 2019.

Ce baromètre fait déjà le titre de LCI et un article du parisien y est consacré ce matin.


Quels sont les constats principaux de ce sondage sur cet échantillon de personnes interrogées ?

Point positif (en apparence), une majorité de sondés disent que "leur entreprise s'occupe de mieux en mieux de leur bien-être (56 % du panel, contre 53 % en 2018 )".

Et c'est tant mieux!

Cependant, l'image est loin d'être idyllique:

  • "53 % des sondés déclarent leur travail « physiquement fatigant ». C'est entre 6 et 8 points de plus en un an dans le secteur du BTP, de l'industrie, des services, chez les cadres et les employés. Surtout, c'est dix points de plus en un an parmi les moins de 30 ans, révèle l'étude."

  • "54 % du panel ont le sentiment d'être « épuisés par leur travail » (+ 4 points en un an). Pour 78 %, cette fatigue s'explique par le fait que leur travail nécessite « de longues périodes de concentration », et pour 70 % qu'il nécessite « de travailler très vite ou très intensément »".

  • "Pour 7 salariés sur dix, le travail est « nerveusement fatigant », c'est là encore 7 points de plus parmi les moins de 30 ans."

  • "Les jeunes salariés sont ceux qui, avec les cadres, ont le plus de mal à concilier vie perso-vie pro (41 % !)."

  • D'ailleurs, "38 % du panel avoue travailler « de plus en plus chez eux », c'est 4 points de plus depuis 2015 ( l'activité s'est accélérée dans 30 % des entreprises )."

MMH met le pdf des résultats de l'enquête à disposition, ce qui permet de compléter les observations principales.


Rappelons quand même que le fait d'être fatigué après une journée de travail (physiquement ou mentalement) est un parfaitement normal. C'est l'une des raisons pour lesquelles, me semble-t-il, on reçoit un salaire. Mais entre être "un peu fatigué", "épuisé" et "détruit", on passe de choses normales, à des choses inacceptables.


Et les managers ?

La place des managers dans ce cadre est loin d'être enviable :

" Il n'y a plus que 39 % des managers pour affirmer qu'ils ont « tout à fait la possibilité de prendre des décisions ». Il y a dix ans, ils étaient 59 %. La place de l'initiative et de l'autonomie s'effrite dangereusement ..."

Donc les managers, deviennent de plus en plus des courroies de transmissions, et se trouvent à l'étroit entre le marteau et l'enclume. Il aurait, en complément, été intéressant d'avoir la même question pour les chargés RH et voir quelle répartition aurait été obtenue.


Nous pouvons tirer deux leçons sur la situation actuelle concernant les politiques de QVT de façon générale, tout en rappelant que certaines entreprises font bien les choses. Mais justement, on en entend rarement parler...


Syndrome de la confiture


Vous connaissez l’adage "la culture, c'est comme la confiture : moins on en a, plus on l'étale". Je vais étaler mon inculture, d'ailleurs, en précisant que cette citation est de Françoise Sagan 😅...


En entreprise aujourd'hui , on pourrait dire que ...

La qualité de vie au travail, c'est comme la confiture : moins on en fait, plus on l'étale.

S'attaquer au vraies sources des problèmes que rencontrent salariés et surtout managers aujourd'hui devient incontournable. Si les mesures cosmétiques peuvent amener un peu d'air frais, elles ne résolvent rien.


Quand tu es dans le désert depuis trop longtemps ... (chanson connue des "vieux").



La situation est difficile pour les entreprises et les conditions se durcissent pour les salariés et particulièrement pour les managers. Est-ce la faute des dirigeants ? Non, pas toujours: le monde évolue et se durcit. Il est donc plus difficile de survivre aujourd'hui qu'hier.

Par contre, quand quelqu'un risque de mourir de soif dans le désert, est-ce qu'on lui donne un bilboquet pour lui faire oublier qu'il a soif, en espérant qu'il traverse ainsi la fournaise ?

Le bon sens dicte qu'on lui donne de l'eau ou une carte indiquant des oasis, ou un abris mobile ...


Ceci dit, c'est plus difficile car il faut aller acheter une carte, la lire correctement ou trouver un vendeur d'eau potable; ... C'est aussi plus compliqué, car on est obligé de reconnaitre qu'on va traverser le désert et que ce sera difficile. Cela peut rester un argument qu'on a du mal à développer autrement que pour annoncer qu'on va réduire les effectifs dans certains milieux.

Alors qu'on a plein de magasins qui vendent des bilboquets autour de nous, qu'on a même pas besoin d'expliquer comment s'en servir et surtout, qu'on est même pas obligé de parler de la difficulté qu'on traverse pur le coup.. Et on va penser que le bilboquet va faire l'affaire. A noter que tout similitude avec le traitement du réchauffement climatique et .. les véhicules électriques est purement fortuit...


Mais bon, la fin de la journée, la réalité reprend le dessus et le résultat n'est pas tout à fait ce qui est vendu par les promoteurs de bilboquets. C'est une surprise 😱 !


A ce stade, un petit retour sur la pyramide simpliste, mais si éclairante de Maslow et un rappel de l'importance de la prévention avant (ou en parallèle) de la qualité de vie au travail est salutaire 😄.

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