Télétravail : apprendre des erreurs des autres…

Mis à jour : 12 mai 2019

Malgré des difficultés de mise en place, le #télétravail est plébiscité. Outre les statistiques concordantes que nous avons commenté récemment, les retours des entreprises qui l’ont mis en place de manière éclairée sont également très favorables comme nous l’avons vu dans le secteur Banques et assurances.

Cependant, certaines entreprises internationales, et pas des moindres (IBM, Best Buy, Honeywell, Yahoo), ont été des pionniers de ce mode de travail et ont ensuite renoncé au télétravail. A la lumière de ces expériences, finalement, est-ce que le télétravail est une si bonne idée ?

Quelles sont les raisons invoquées par ces entreprises pour demander à leurs salariés de revenir travailler dans des bureaux 100% du temps à contre-courant des tendances actuelles ?


Un objectif uniquement et trop "financier"

Les raisons pour IBM d’une telle suppression se trouvent résumées dans un article du Monde « IBM a longtemps été le champion du télétravail. Un exemple observé par les entreprises du CAC 40, qui tentent de le développer en France. Jusqu’en 2017, un cinquième de ses troupes en Amérique du Nord planchaient à domicile, à plein-temps. La direction du groupe se flattait d’avoir ainsi économisé 100 millions de dollars (85 millions d’euros) par an en location de bureaux. »


En introduisant le télétravail avec une vue uniquement comptable (« je vais faire des économies de locaux, c’est génial ! »), les méthodes de management ne seront pas adaptées et les salariés seront mal intégrés. Les relations humaines se détérioreront très probablement.

L’organisation de l’entreprise deviendra fatalement moins performante si on n'accompagne pas les transformations en travaillant les points faibles humains que cette situation crée.


L’optimisation des bureaux, bien approchée, peut être envisagée, voire être un point de départ. Mais en faire l'objectif principal de l’approche risque de résulter en des pertes de productivité et d’organisation de manière durable. Ces pertes dépasseront largement les bénéfices financiers à court terme qu’un directeur Financier ou Immobilier peut raisonnablement espérer si une réflexion stratégique n'a pas eu lieu et s'il n'est pas prévu un "change management" de première qualité. Avoir une vision, la qualité de la relation managériale, entre collègues et avec l’entreprise sont des atouts sur lesquels il faut savoir s'ppuyer dans un tel cas.


Négliger l’impact du télétravail sur les méthodes managériales

Dans le cas d’IBM, un article plus documenté a été publié sur les raisons réelles de cet échec en s’appuyant sur une analyse de Peter Cappelli. En lisant les conclusions de ce professeur au Wharton management et Directeur du Center for Human Resources, on comprend qu’IBM, en particulier, a accumulé les erreurs lors de la mise en place du télétravail. En effet, selon ce spécialiste « le problème initial a toujours été que beaucoup de membres de la direction pensaient que s’ils ne vous surveillaient pas, vous ne travailliez pas ».


Il faut impérativement analyser les pratiques managériales en place. Ne pas former les acteurs et ne pas profiter du télétravail pour améliorer les méthodes managériales est une erreur à ne pas commettre.

Certains managers ne sont pas rompus aux méthodes de management à distance et encore moins au management par objectifs. Le télétravail est un révélateur implacable des mauvaises et des bonnes pratiques managériales. Un manager « qui s’en sort juste » avec une gestion d’équipes locale risque de se mettre en danger dans le cas d’encadrement de télétravailleurs, même à temps partiel. Il est donc important, à la fois pour rassurer le manager et aussi pour développer les bonnes pratiques au sein de l’entreprise de sensibiliser et former tout le monde.

Les télétravailleurs, eux aussi, doivent comprendre qu’ils passent un pacte gagnant-gagnant avec l’entreprise. S’il n’y a aucune analyse et formation, on peut aussi imaginer que les managers ne craignent pas tous à tort que certains télétravailleurs ne soient pas très dédiés à leur travail quand ils sont chez eux. « Loin des yeux, loin du cœur » reste également vrai en entreprise si l’atmosphère n’est pas à la confiance.


Il faut être pragmatique

Peter Cappelli ajoute une autre raison pour laquelle IBM dit avoir arrêté le télétravail « Je pense qu’IBM a investi dans une façon alternative de réaliser des projets qui implique une collaboration. Dans cette approche l’idée est que vous avez vraiment besoin de personnes ensemble pour que cela fonctionne ». Mais l’analyste ajoute que « Cela ne signifie pas qu’il n’a pas de sens que d’autres personnes travaillant dans d’autres organisations travaillent à domicile. »

En fait IBM a semble-t-il voulu rendre l’organisation « agile ». Rien dans cette charte n'écarte une forme de télétravail plus souple que le télétravail permanent. Par contre, si l’objectif principal est d’économiser les frais de locaux, c’est plus compliqué…


Il faut savoir qu’il existe aujourd’hui de très nombreuses formes de télétravail. Adapter les bonnes formes aux populations de l’entreprise est crucial.




Faire le nécessaire sans blâmer le télétravail

Un article de 2017 résume d’une façon assez similaire les situations « Ensuite, si l’on regarde les entreprises concernées, pour les cas les plus notables qui sont ceux de Yahoo et IBM, le contexte de l’entreprise peut expliquer des choses. On a affaire à deux entreprises en transformation profonde, que l’on parle de business ou d’organisation et on peut penser que, pour opérer ces mouvements, elles ont jugé indispensable de ramener les collaborateurs ensemble afin d’insuffler des dynamiques nouvelles. ».


Conclusion

Avec les nouvelles technologies, le télétravail n’a plus réellement de barrières matérielles pour les profils de poste qui le permettent. Mais la complexité humaine est toujours là... Dans une entreprise, avoir une gestion humaine apaisée, un management bienveillant et des salariés formés est un objectif incontournable pour une organisation pérenne et performante.


On notera un parallèle évident avec la manière dont de nombreuses entreprises « repensent » actuellement les espaces de travail. Il faut y mettre les moyens, sinon, les attentes sont déçues, voire tout cela devient contre-productif.


Le télétravail n’est donc pas non plus une solution miracle, mais juste un mode de travail qui devient incontournable pour de très nombreuses raisons. Il doit être intégré et pris au sérieux dans le cadre d’une politique globale d’amélioration et de performance.

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