L’étude de l’OPPBTP (2010-2017) : retour sur investissement de la prévention de terrain.

Nous avons étudié dans un précédent article comment l’AISS (Association internationale de la sécurité sociale) avait mené son étude de retour d’investissement sur la sécurité en entreprise. Le protocole utilisé, jette un sérieux doute sur le fait que la prévention en santé physique présente un retour sur investissement de 2,2 € par an et par salarié pour 1 € investi. Ce nombre étant, en conclusion, utilisé un peu trop souvent par rapport à la solidité des données (#prévention).

Dans des cas assez particuliers, néanmoins, il existe une enquête menée par l'Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics (OPPBTP) initiée en 2010 et régulièrement mise à jour qui arrive à des conclusions similaires. Cette enquête, menée au périmètre de la France est à lire, à la fois par sa philosophie (l’avant-propos est excellent) et par le sérieux de son approche qui la distingue franchement du lot. L’analyse originale date de 2013. Elle est basée sur 101 actions de prévention. Regardons ensemble ce travail de qualité pour voir si le ratio est solide cette fois ci, et quelles en sont les limites éventuelles.

Un constat capital est que « la prévention a un impact économique chiffrable » selon les auteurs, « elles s’avère souvent rentable ; elle est à la portée de toutes les entreprises, en particulier des TPE, avec des moyens mesurés et sans trop pénaliser la trésorerie. » La direction est données : une vraie sécurité, intégrée à l’entreprise, capable de prendre en compte de vrais retours sur investissements et s’intéressant même au phasage à travers la trésorerie. Voilà qui est prometteur.

Pour arriver à cette conclusion, les auteurs ont collecté un grand nombre de données et se sont posé de nombreuses questions. Voici le bilan consolidé des 101 actions tel qu’il apparait dans la publication.


Tableau des résultats globaux

L’étude a été poussée jusqu’à faire une étude de phasing, donc. Les dépenses initiales occasionnées sont ainsi remboursées au bout de 18 mois en moyenne. Pour la durée déclarée des investissements (5,2 ans en moyenne), l’étude donne un Rendement total global de 2. (Je laisse à nouveau de coté la décimale tout en respectant un travail énorme).

Le profil des entreprises participantes fait qu’il n’est pas vraiment surprenant que les gains soient principalement en production, même si la réduction ou la suppression d’achats, l’amélioration de la qualité de production, l’augmentation de la marge ou du CA sont également mentionnés parmi les bénéficiaires des actions. Au-delà, les petites actions sont les plus bénéficiaires (atteignant un rendement supérieur à 20) et les TPE ont une moyenne de rendement de 3.

Ce qu’on peut reprocher à cette étude ? Franchement pas grand-chose. Le principal reproche que je vois est que la frontière entre bon sens et sécurité est parfois flou quand on regarde les cas un par un. Il faut au passage, là aussi, noter le professionnalisme des auteurs qui va jusqu’à exposer de les 101 cas de manière exhaustive. Quand on prend ces cas mis à disposition un par un, on peut se faire la remarque que les actions sont parfois de simple bon sens pour une grande entreprise qui a les moyens, mais pas si évident que ça pour les TPE qui les ont mis en œuvre.

De fait, il y quand même trois limites à cette étude :

  • Le profil de l’industrie est ciblé « BTP » et cela rend difficile la généralisation des conclusions à toutes les sociétés . Cet inconvénient est cependant un peu compensé par la diversité des actions, même si elles restent majoritairement « BTP », ce qui est à la fois normal et le but de l'étude.



  • La seconde limitation est qu’une bonne partie est déjà intégré comme une pratique « normale » de la part de grandes entreprises (retirer une femme enceinte d’un poste exposé à une forte pénibilité, s’équiper de matériel plus léger, renouveler du matériel vieillissant, …). Cela pose la question de l’état de départ des entreprises participantes. Ainsi, pour une entreprise qui n’a pas (ou pas pu) mettre sur pied une vraie politique sécurité, les gains seront forts et rapides (loi de Pareto). Cet argument rend probablement compte, au moins en partie, du ratio de « 3 pour 1 » observé pour les TPE. Cependant, comme les actions sont toutes consolidées avec les dépenses et les recettes, les « petites actions », même si leur impact est impressionnant, n’influence que peu les données du tableau global

  • D’autres résultats sont issus de l’application des obligations réglementaires (habilitation électrique de monteurs, CACES, …). On peut se poser la question de savoir s’il est juste de comptabiliser l’impact positif du respect de la loi comme un bénéfice par rapport au fait de ne pas la respecter. Je vous accorde que c’est un résultat extrêmement intéressant en soi « appliquez la loi, ça rapporte ! », mais…

Conclusion

Avec les quelques limites mentionnées ci-dessus à garder en tête, voici une étude sur laquelle on peut s’appuyer.

Globalement, cette référence est un plaidoyer pour la sécurité active et « terrain ». Elle permet de dire que le bon sens et la sécurité, associés permettent non seulement d’éviter des coûts, comme tout le monde l’accepte aujourd’hui, mais il est possible de revendiquer des gains qui peuvent être, globalement, de 100% de l’investissement consenti dans la durée.


Image : lifeofpix.com (auteur Leeroy)


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