Europe: Chômage, Inégalité Femme-Homme, Santé, Sécurité. Le Point Eurofound 2018

La revue annuelle de la vie au travail (Annual review of working life 2017, Publications Office of the European Union, Luxembourg.) de l’Eurofound (European Fundation for the Improvement of Living & Working Conditions) a été publiée le 22 octobre 2018.


Le rapport de 68 pages, couvre le domaine très vaste des « conditions de travail » et amène quelques données intéressantes au niveau européen que je vous propose de partager.

Concernant le sujet éthique de l’égalité Femme-Homme (Tableau 1 page 3), on notera qu’en 2017, la différence du taux d’emploi des femmes avec le taux d’emploi des hommes dans chaque pays varie fortement (mais toujours au désavantage des femmes). Pour les pays les plus vertueux, nous trouvons la Lituanie avec seulement une différence de 1% entre les deux sexes et la Finlande est proche avec 3,5%.

A l’autre extrême, on trouve à la fois en Grèce et l’Italie qui ont également des taux de chômage élevés. ces deux pays sont à près de 20% de différence entre l'emploi des hommes et celui des femmes. Ils sont suivis de peu par la Roumanie avec 17%. Dans ces pays au taux d’emploi moins élevé (donc au taux de chômage plus élevé) que la moyenne européenne, au-delà de difficultés culturelles potentielles, les femmes semblent donc également souffrir d’un handicap pour accéder à l’emploi. La France avec un taux de 8% est en dessous de la moyenne de l’UE (11,5%). Au-delà de l’équité salariale, l’équité face à l’emploi semble donc devoir avoir encore aussi des progrès à faire en Europe.

La curiosité veut que l’on recherche à partir de ces données la dépendance « taux d’emploi dans le pays » et « la différence entre le taux d’emploi des hommes avec celui des femmes » qui ne figure pas dans le rapport. Même si la dispersion est assez importante (voir graphique ci-dessous), on voit qu’il y a corrélation entre les deux paramètres. Malte détient un record bien triste et bien atypique (heureusement) dans ce tableau : en cas de chômage plus important, les femmes sont plus impactées que les hommes. Il vaut donc mieux en 2017 être une femme (ou un homme vu le faible taux de chômage) dans les pays scandinaves plutôt qu’être une maltaise en recherche d’emploi.

L’évolution du taux de chômage sur les dix ans passés dans l’UE est aussi intéressante à observer. Les auteurs distinguent trois profils. La France est située dans le groupe de droite (qui va de l’Espagne à l’Italie sur le graphique ci-dessous) avec une très faible évolution du taux de chômage et malheureusement, comme nous le savons tous, un taux au-dessus de la moyenne européenne. L’Espagne et la Grèce ont des situations comparables, mais bien pires avec un taux record et une décroissance insuffisante du chômage depuis cinq ans pour revenir à des niveaux voisins de ceux des autres pays de l'UE. On notera l’effet « yo-yo » plus ou moins important du second groupe des pays (au centre du graphique : du Portugal à la Croatie) qui réussissent, après des années difficiles, à retrouver les niveaux de 2007. Le groupe à gauche du graphe est celui des pays qui sont parvenus à descendre en dessous de ce taux de 2007 (de la République Tchèque à la Slovaquie). Pour rappel, le taux de chômage moyen en Europe est de 7,6% en 2017. La disparité de situations en 2017 est grande, mais il ne faut pas non plus négliger les vécus dont la diversité est également forte en Europe.



Les principales agrégations d’informations du rapport tournent ensuite autour du contexte politique avec les changements de gouvernement et le Brexit en cours. Un point législatif très « macro », précède une partie consacrée au « développement des relations industrielles » qui est plutôt un point sur l’évolution organisationnelle des syndicats en Europe, l’état du dialogue social dans les différents pays de l’Union. On découvre en particulier que malgré le vécu en entreprise et l’abondance des discussions autour de ces sujets, la santé, la sécurité, le bien-être et la Qualité de Vie au Travail n’est qu’au 9ieme rang (en nombre) des sujets couverts par le dialogue social au plus haut niveau en 2017 («Topics covered by peak-level social dialogue in 2017 ») sur 10 identifiés par les correspondants (184 cas mentionnés, figure 4 page 27).


Les avancées mentionnées concernant la Santé et la Sécurité en Europe sont relativement faibles. Toutes les mesures inventoriées sont regroupées page 37 du rapport. La lecture de cette page montre bien que le traitement de la santé et de la sécurité en Europe est TRÈS loin d’être harmonisé. En 2017, on va ainsi de l’introduction d’un suivi de la santé des personnes manipulant de l’amiante à Chypre, à l’exigence d’avoir une fenêtre dans les salles de convivialité en Allemagne et passant par la mise en place de visites médicales financées par les employeurs en République Tchèque. Parmi les sujets qui sont évoqués, beaucoup tournent autour de la santé physique avec des sujets qui, parfois, peuvent surprendre.

Les auteurs mentionnent d’ailleurs (dans l’Executive Summmary) un clivage régional entre les États Membres. Les problématiques liées à l’environnement de travail physique ont été plus souvent discutées en Europe méridionale, centrale et orientale. Tandis que les aspects de l’environnement psychosocial de travail étaient beaucoup plus fréquemment à l'ordre du jour dans l'UE15. Cependant, les auteurs mentionnent clairement que les réglementations dans ce dernier domaine sont rares et qu'en 2017 aucun progrès notable n’a été législativement réalisé concernant l’environnement psychosocial de travail.

Est-ce du fait de la complexité des sujets, de la difficulté d’arriver à un espace commun de compréhension de la part des acteurs, du fait que la législation en place est déjà suffisante ? Les rédacteurs du rapport ne font malheureusement aucun commentaire sur ce point.

Néanmoins, on peut souligner trois thèmes qui se démarquent :

  • Un développement introduit au Danemark est la mise en place d’ une nouvelle commission d’experts sur la santé et la sécurité au travail, en réponse à l’augmentation du nombre de travailleurs avec stress mental et maladies musculosquelettiques. Cette mesure est intéressante vis-à-vis de la situation au Danemark, comme nous le verrons lors de la lecture d’un autre rapport.

  • Le Luxembourg a lancé une campagne de sensibilisation, appelé «Vision Zéro», ayant pour objectif de réduire le nombre de décès et d’accidents de travail incapacitants qui a augmenté au cours des dernières années. Ce texte crée un code de conduite signé par 70 grandes entreprises. Le plan consiste à introduire un système de bonus-malus en 2019 qui va pénaliser les entreprises ayant le plus d'accidents enregistrés en augmentant les cotisations de l’employeur jusqu’à 50%, tout en récompensant les entreprises ayant moins d'accidents grâce à une diminution de 10% (cherchez l'erreur 😉) des contributions. Vous noterez qu’on est très proche du système Allemand pris en exemple dans le récent rapport de la cour des Compte 2018 que nous avons regardé il y a peu ici.

  • En Allemagne, la loi régule l’affichage des PC portables et exige une vue vers l'extérieur en situation de télétravail. Ce point est intéressant car l’Allemagne est un pays qui influence souvent fortement les autres pays européens. En fait, il s’agit de l’ordonnance sur les stations de travail qui a été « adaptée au monde du travail moderne » (!). Ainsi, les exigences relatives à la mise en place d’un bureau de travail à domicile (ou ailleurs que l'espace de travail habituel: Tele-Arbeitsplatz pour les germanophones 😊) ont été précisées. Dorénavant, tous les lieux de travail et toutes les zones sociales (salles de convivialité) éventuellement mises à disposition des travailleurs (en situation de coworking) doivent avoir un « lien visuel avec l’extérieur », autrement dit… des fenêtres. Il est quand même précisé dans ce texte qu’à l'avenir, le stress psychologique devra être pris en compte lors de l'évaluation des dangers sur le lieu de travail.

Image: Pixabay (Titre) et Pexel (carte Europe: slon_dot_pics)

Merci.

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