« Croyez-vous aux vertus des huiles essentielles ? » : la prochaine question recrutement à la mode ?

Une étude de Lindsay S. Ackerman et William J. Chopik a été publiée récemment sur Plos One [PLoS One. 2020; 15(3): e0229779, le 12 Mar 2020]. Elle risque d’attirer l’attention des recruteurs.

Elle a déjà été reprise par Psychology Today et en France a été mise en avant par Cerveau et Psycho (Mai 2020, N° 119, page 10).


Avez-vous déjà entendu parler de la « bullshit receptivity » ? C’est un concept popularisé il y a quelques années (2015) que l’on va ranger avec les termes dans la catégorie des risques psychosociaux comme « bore-out », « brown-out », ou les fameux « bullshit (aussi 😊) jobs » de David Greaber ou les « soft skills » qui nous évitent de parler de qualités comportementales ou de simple "savoir être".

« bullshit receptivity » est un terme probablement appelé à un grand avenir.

En quoi la « bullshit receptivity » consiste-t-elle ? En français, il existe un mot simple pour traduire cette expression : « crédulité », qui est plus simple que « propension à croire les idioties ». Les chercheurs sont actuellement en train de corréler les scores en BSR (Bullshit Receptivity Test) avec une grande diversité de pratiques et obtiennent des résultats surprenants ou intéressants selon le point de vue qu'on a.


Car saviez-vous qu’on est capable de mesurer grossièrement la crédulité à travers un test : le BSR ? Le principe est simple. On soumet les participants à des phrases creuses, dont certaines peuvent être générées automatiquement en anglais par des sites comme Wisdom of Chopra ou The New Age Bullshit Generator. On obtient des phrases du genre « L'imagination est à l'intérieur d'événements exponentiels de l'espace-temps. », « La conscience se compose de fréquences d'énergie quantique», etc.


C’est beau, mais ça ne veut rien dire… Et donc on soumet ces phrases aux participants. Au plus une personne a tendance à trouver "profonde" ce type d’affirmations creuses dans le test, plus il est « bullshitable », c’est-à-dire qu’en français « on peut lui faire avaler des couleuvres » ! En fait, pour résumer plus généralement, on peut positionner une personne sur sa perception de la réalité en quatre grandes catégories :


Fort bien ! Mais revenons à nos huiles essentielles… Ce que la publication citée montre, c’est une bonne corrélation entre croire aux vertus des huiles essentielles et la capacité à la crédulité.

Plus exactement, l’étude montre que les personnes les plus facilement bernables ont 66% de chances supplémentaires de croire aux vertus des huiles essentielles pour soigner des maux sérieux (à ne pas prendre au premier degré SVP) 😄.

Vous concèderez que « Croyez-vous aux vertus des huiles essentielles pour soigner des maux sérieux » est un marqueur facile à aborder en soirée pour savoir si vous aller pouvoir enfin discuter sérieusement avec votre interlocuteur de comment les extra-terrestres ont bâti les pyramides et/ou les cités Maya.

C'est beaucoup plus facile et rapide que de poser une floppée de questions creuses type : Etes-vous d’accord que « la science d’aujourd’hui nous indique que l'essence de la nature est la joie. ». En sujet au BAC de Philo, pourquoi pas, mais en soirée, en placer une dizaine de ce type, c’est plus délicat, surtout avec un masque sur la bouche dorénavant.

Une autre application directe, c'est les entretiens d’embauche !

Comment les recruteurs à la pointe de l’innovation, en soif de nouveauté, vont-ils pouvoir/devoir évaluer votre crédulité ? Ce facteur pourrait devenir dans le futur au moins aussi important que le package complet des « soft skills ». En effet, on ne parlera peut-être plus d’intelligence émotionnelle non plus, ou de « HighPo », mais de « High Bullshit resistance » comme LE facteur de succès dans une entreprise post COVID-19 ! Certaines entreprises, mal intentionnées recruteront plutôt peut-être des personnes à « Low Bullshit resistance », mais ça, c’est une autre histoire…


Comment donc allons-nous, en tant que recruteurs, vous positionner en tant que candidat sur une échelle BSR ? Le meilleur moyen, c’est clairement, en vous raccompagnant vers la sortie, après un entretien riche et dense, de vous poser la question innocente « Au fait, j’ai oublié de vous demander… Croyez-vous aux vertus des huiles essentielles pour soigner des maux sérieux ? » Et hop, le tour est joué 😊 : je peux vous positionner !


Image Huiles Essentielles par monicore de Pixabay

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